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COVID-19 et continuité des soins : recommandations relatives à l'épilepsie et à la maladie de Parkinson

Auteur : David PAITRAUD
Date de publication : 04/05/2020
Santé Publique

L'épidémie de COVID-19 et la mesure de confinement bouleversent les habitudes de prise en charge médicosociale et de suivi médical des Français. 
Pour encourager la continuité des soins et accompagner les professionnels de santé dans la prise en charge de leurs patients, la HAS (Haute Autorité de Santé) édite des "Réponses rapides", dans lesquelles elle décrit les points essentiels relatifs à certaines maladies.

Parmi les travaux présentés, deux recommandations concernent l'organisation de la prise en charge et le suivi des patients souffrant des pathologies neurologiques suivantes, en période de pandémie et de confinement :

 

Les patients atteints d'épilepsie et ceux souffrant d'une maladie de Parkinson ne sont pas plus à risque de développer une forme sévère de COVID-19 que la population générale.
Le risque de forme grave pourrait néanmoins être augmenté dans les épilepsies avec polyhandicap associé (par exemple les encéphalopathies épileptiques) en cas d'atteinte bulbaire ou respiratoire.

Par ailleurs, une infection COVID-19 peut présenter un risque : 

  • chez les patients épileptiques, la fièvre associée à l'infection COVID-19 peut induire une recrudescence des crises (cf. VIDAL Recos "Épilepsie de l'adulte" et "Épilepsie de l'enfant") ;
  • chez les patients parkinsoniens, l'infection COVID-19 peut être à l'origine d'une aggravation de la maladie. Un avis médical doit être pris par téléconsultation. Qu'il y ait ou non une infection à COVID-19, il n'y a pas lieu de modifier le traitement médicamenteux antiparkinsonien, tant que ce dernier peut être administré oralement (cf. VIDAL Reco "Maladie de Parkinson").

Éviter une rupture de la prise en charge tout en limitant l'exposition virale
La téléconsultation est à privilégier pour maintenir une continuité de la prise en charge médicale malgré le confinement. Elle peut être associée à la téléexpertise, pour renforcer la collaboration médecin traitant/spécialiste (neurologue, neuropédiatre). 

La téléconsultation doit permettre de contrôler/corriger les éléments suivants : 

  • interroger le patient sur une évolution/dégradation de son état de santé (existence de crise d'épilepsie par exemple) et révision si nécessaire de la stratégie pour protéger le patient d'une recrudescence des crises ;
  • vérifier l'adhésion au traitement, l'observance et la dispensation sans interruption des médicaments et interroger sur la survenue d'effets indésirables des médicaments ;
  • évaluer le niveau d'anxiété liée au contexte épidémique, les possibles troubles psychiatriques liés au confinement ou non. 

Outre la téléconsultation, le patient (notamment parkinsonien) doit continuer à bénéficier des autres soins par télésoin : 
  • séances de kinésithérapie ;
  • séances d'orthophonie pour troubles de la déglutition.

Focus sur l'anxiété générée par le confinement
Chez les patients parkinsoniens en particulier, l'anxiété générée par l'épidémie et le confinement est susceptible de retentir sur les symptômes de la pathologie.
Une prise en charge de cette anxiété est nécessaire.

Pour réduire cet état anxieux, les thérapies non médicamenteuses et la qualité de l'environnement (notamment social) doivent être maintenues le plus possible :

  • maintenir l'activité physique préférentiellement au domicile (exercices proposés par le kinésithérapeute, brochure d'exercices adaptés). Cette activité peut être réalisée seul s'il n'y a pas de troubles de l'équilibre, accompagné par un aidant dans le cas contraire,
  • maintenir un contact avec la famille et les amis en ligne ou au téléphone,
  • éviter les sources anxiogènes, notamment informations relayées par les médias autour de la pandémie,
  • maintenir la pratique d'une activité intellectuelle ou manuelle distrayante, 
  • accéder à un dispositif de soutien et d'écoute psychologique. 

Épilepsie, Parkinson et médicaments : attention à l'automédication
D'une manière générale, la HAS insiste sur les dangers de l'automédication, en raison notamment du risque d'interaction médicamenteuse auquel elle expose. 
 
  • Paracétamol et antiépileptiques
En période de COVID-19 et pour faire écho aux recommandations actuelles d'utiliser le paracétamol en première intention en cas de fièvre et de douleur, la HAS rappelle un point de vigilance pour les patients épileptiques. En effet, la toxicité du paracétamol peut être augmentée en cas d'utilisation concomitante de médicaments inducteurs enzymatiques, dont les médicaments antiépileptiques (phénobarbital, phénytoïne, carbamazépine, topiramate). Une adaptation posologique du paracétamol peut être nécessaire. 
 
  • Hydroxychloroquine : réduction du seuil épileptogène
Concernant les traitements faisant l'objet d'une surmédiatisation, la HAS souligne que l'hydroxychloroquine peut réduire le seuil épileptogène et provoquer des crises épileptiques.

En outre, cette molécule présente un profil de toxicité cardiaque se traduisant par un allongement de l'intervalle QT à l'électrocardiogramme et un risque d'arythmie (torsades de pointes, tachycardie ventriculaire) [cf.Encadré 1].


Encadré 1 - Médicaments interagissant avec l'hydroxychloroquine 
  • Médicaments abaissant le seuil épileptogène (certains psychotropes).
  • Médicaments connus pour allonger l'intervalle QT (des antiarythmiques, certains psychotropes).
  • Antiépileptiques, tel que le stiripentol.

Pour aller plus loin
Réponses rapides Épilepsie
Prise en charge ambulatoire des patients ayant une épilepsie (HAS, 10 avril 2020)
Réponses rapides dans le cadre du COVID-19 - Prise en charge ambulatoire des patients ayant une épilepsie (HAS, validation 9 avril 2020)

Réponses rapides Parkinson
Prise en charge ambulatoire des patients ayant une maladie de Parkinson (HAS, 10 avril 2020)
Réponses rapides dans le cadre du COVID-19 - Suivi des patients atteints de maladie de Parkinson (HAS, validation 8 avril 2020)
 

Source : ©Vidal 2019